Chronique de la JRC de Hombourg

JRC

1929-2004 

L’Histoire de 75 ans de présence de l’ACJB-JAC-JRC à HOMBOURG
 

 

PREFACE DE LA 3ème EDITION

 

Sur base d’une première édition réalisée lors du cinquantenaire de la JRC de Hombourg en 1979,  revue et augmentée en 1989 pour le soixantième anniversaire avec un apport de photos retraçant les différentes périodes du mouvement, la présente  3ème édition à l’occasion des 75 ans de la JRC complète évidemment les éditions précédentes en y intégrant les 15 dernières années, mais cette fois avec l’apport de l’informatique, notamment pour les photos et grâce au support du site internet www.hombourg.be  du S.I. Hombourg que la JRC tient à remercier ici.

 

Quel autre souvenir pouvions-nous laisser à tous ceux et celles qui sont passés par la JAC et la JRC au cours de leur jeunesse ?

Plusieurs générations ont en effet été pétries dans l'ACJB, la JAC puis la JRC, trois époques différen­tes... aux mentalités très éloignées...et dont l’éloignement croit encore au fil des générations.

 

Ce qui restera assurément le plus grand bienfait de la JAC-JRC, c'est d'avoir procuré à un grand nombre de jeunes (combien au fait en 75 ans ? De 600 à 800  au moins) une formation, un esprit d'équipe, une volonté de vivre sa jeunesse au village, que ce soit au tra­vers des activités religieuses, culturelles et théâ­trales, de sport ou de loisirs.
 

Combien de présidents et de militants ne se sont-ils pas dévoués. Combien de ceux et celles qui ont pris une part active à la vie du mouvement ne fi­gurent pas dans cet historique simplement parce que les archives ne mentionnaient pas leur nom ?

Les noms cités des présidents et militants sont des repères pour permettre aux autres de se situer. Le mérite de ceux-ci n'en est pas moindre pour autant.

Les différents jubilés successifs de JAC-JRC ont mar­qué plusieurs générations de jeunes à Hombourg. Puisse l'avenir réserver à ceux et celles de demain encore les joies et les satisfactions de la vie en groupe que leurs prédécesseurs ont pu trouver à la JRC et , qui sait, leur faire connaître dans 25 ans un jubilé encore plus prestigieux, le centenaire.

 

Albert Stassen

Président d'honneur.

 

Chapitre 1 - LES ORIGINES : DE L'ACJB à la JAC
 

Le mouvement fut fondé le 24 novembre 1929, ainsi qu'en témoigne le carnet du secrétaire de l'époque. C'est le vicaire J. NOLS qui a souhaité la création à Hombourg d'une section de l'Action Catholique de la Jeunesse Belge (A.C.J.B.). M le vi­caire NOLS (qui participa encore en 1979 à la messe du cinquantenaire mais est décédé depuis) peut, à juste titre, être considéré comme le fondateur, l'ins­pirateur du mouvement à Hombourg.
 

En effet, il contacta quelques jeunes dont M. Aloys DUMBRUCK, qui en contacta d'autres car il les connaissait bien, et bientôt les choses étaient mûres pour une première réunion. M. le vicaire fit parvenir à tous les jeunes gens (car, à l'époque, il s'agissait uniquement des garçons) une invitation et, le dimanche 24 novembre 1929, une soixantaine d'entre eux se présentèrent. Après un mot d'accueil par M. le Curé, ce fut le vicaire Pirenne de Ver­viers, accompagné de quelques propagandistes qui prit la parole et expliqua la raison d'être de l'ACJB en projetant des diapositives, notamment relatives au congrès ACJB de Charleroi. La réunion se ter­mina vers midi et demi.
 

La seconde réunion eut lieu le 22 décembre 1929 et, après un bref commentaire sur l'évangile du jour, un jeune universitaire verviétois, Albert Parisis, militant de l'ACJB, vint faire un exposé sur le maréchal Foch. (A. Parisis est devenu parle­mentaire puis ministre après la guerre 1940-45).
 

Le 26 janvier 1930, M. le vicaire NOLS an­nonça au début de la réunion mensuelle, la création d'une bibliothèque du mouvement. Par ailleurs il invita chacun des présents à passer le dimanche soir au local lequel était au début une moitié du rez-de-chaussée de l'actuel cercle construit en 1882, pendant la guerre scolaire, mais dont les deux classes ne gardèrent une affectation scolaire que jusqu'en 1884. Le bâtiment avait reçu depuis lors une affectation d'habitat sauf ce local paroissial. ­M. Lepour de Verviers fit un exposé sur le Car­dinal Mercier et 70 jeunes gens assistaient à cette conférence agrémentée de diapositives.
 

Dans le journal « Die Fliegende Taube édité en allemand à Aubel (et appelé communément « ‘t dufke) on lit le 19.2.1930 que l’ACJB Hombourg se réunit dans une salle transformée et rénovée (c’était la moitié de la salle du cercle actuel) . Le mur au miieu de la salle disparaitra un peu plus tard (notamment pour pouvoir faire du théâtre)

Le 23 février 1930, M Cravatte, instituteur à Sippenaeken, entretint les 45 participants du culte marial dans les provinces de Liège et Namur. Quelques petits films clôturèrent la séance.
 

Le 23 mars 1930, M L'avocat Baguette de Verviers exposa la situation du catholicisme en Belgique. Le procès-verbal de cette réunion est le dernier rédigé par le vicaire Nols, lequel les rédi­geait en allemand. Dès le P.V. de la réunion tenue le 27 avril, c'est le français qui apparaît sous la plume du secrétaire désigné à cette date. M. le vicaire Nols propose à cette occasion la formation du comité : Joseph DENIS est choisi comme premier président par acclamation. Joseph WEYCKMAN est nommé vice-président et Aloys DUMBRUCK devient le secrétaire. Martin SCHOONBROODT assume la trésorerie. Léon AHN et Joseph LOCHT sont nom­més conseillers.
 

Après ces nominations, M Welder de Verviers dé­crivit son voyage à Constantinople à l'aide de pro­jections lumineuses. La réunion se termina par une vibrante exhortation à se rallier à l'ACJB.
 

Lors de l'assemblée du 28 mai 1930, le prési­dent Joseph DENIS (décédé en 1971) promit de se consacrer entièrement au développement du mouve­ment et M. le Vicaire rappela la devise "piété, étude, action" de l’ACJB ; il insista aussi sur la nécessité de la presse catholique et invita les membres à s'abonner aux revues de l'ACJB et surtout à celles de la J.O.C. et de la J.A.C. C'est la première mention de ces termes dans le carnet que M. Dumbruck a cédé aux archives du mouvement. En fait, l'ACJB fondée par Cardyn chapeautait en quelque sorte plusieurs autres mouvements en Belgique et, dès 1925, la JOC prit quelques distances. En 1929 la Jeunesse Agricole Catholique J.A.C. fut fondée mais était plus nettement l'émanation de l'ACJB à destination du monde agricole et rural, comme la J.E.C, la J.U.C. et la J.I.C., chacune dans leur milieu. Dans les villages les plus importants, il y eut simultanément au sein de l'ACJB une section de JOC et de JAC mais à Hombourg ce ne fut pas le cas car le village était majoritairement agricole et, progressivement, le terme JAC commença à supplanter celui d'ACJB qui disparut complète­ment après la guerre. Une seule mention du terme "JAC-JOC" est à relever; elle a trait au concert de 1934.
 

A Hombourg, le terme ACJB a prévalu jus­qu'en 1932 et les membres ont adopté l'appellation JAC par le contact avec la régionale qui était évi­demment à caractère nettement agricole dans le Pays de Herve. ; de la sorte, même des jeunes non issus du milieu agricole finirent par se retrouver à la JAC, seul mouvement existant dans la localité. Cela ne semble pas avoir soulevé de gros problèmes apparemment. (voir à cet effet plus loin la relation du concert du 27 décembre 1934).
 

Le 28 mai 1930 M Léon AHN devient prési­dent d'honneur. Il est vrai qu'il a oeuvré pécuniairement en faveur du mouvement et de son local du cercle pour lequel M Dumbruck obtint de lui 10.000 frs puis encore 2.000 frs de l'époque. D'ailleurs, l'ACJB, après plusieurs demandes infructueuses auprès du locataire du rez-de-chaussée (côté Montzen) finit par abattre le mur séparatif entre le local d'origine et l'appartement de M Schoonbroodt. L'intéressé était toujours là au moment où le mur fut abat­tu... La scène et les décors furent aménagés à ce moment.
 

A la réunion du 28 mai 1930 on désigna aussi M. Alphonse DODEMONT en tant que conseiller et 4 remplaçants lui furent adjoints : A.DESWYSEN, ainsi que J. CHARLIER, G. LENOIR et  J. BRANDT.

Après la prière finale, et en attendant le salut, les jeunes gens restèrent au Cercle en écoutant de la musique enregistrée sur un phonographe, et en jouant billard.
 

L'été 1930 fut marqué par le congrès de Malines (réunion du 21 juillet). A la réunion du 21 septem­bre, le président proposa la communion mensuelle comme action concrète puis M. Cravatte entretint l'assemblée sur la lecture.  La séance se termina par une projection "Pathé-baby"...

Lors de l'assemblée du 26 octobre, le vicaire Nols expliqua la fête du Christ-Roi et il lut les statuts qui furent corrigés par tous les membres présents. Ces statuts sont restés introuvables.
 

Le président remercia le président d'honneur Léon Ahn pour le crucifix offert à la section, lequel est vraisemblablement l’actuel crucifix de la salle du cercle.  Léon Ahn et Aloys Dumbruck, s'associèrent ensuite pour remercier l'abbé Nols qui était venu consacrer ses premières années de prêtrise à nos jeunes et lancer chez nous l'ACJB-JAC. J. Nols nous quittait afin de poursuivre son apostolat à Raeren.
 

A la réunion du 23 novembre, le président souhaita la bienvenue au nouveau vicaire d’origine flamande, l’abbé DARCIS et Albert Parisis donna ensuite  une conférence sur le communisme.

 

Le 27 décembre, au soir, tous les ACJBistes hombourgeois étaient réunis au cercle et M. le vicaire Darcis remercia l'assemblée qui avait dressé l'arbre de Noël et fit procéder au tirage de la tombola dont les quelques 2.300 billets à 50 centimes rapportèrent 500 frs à la caisse (650 frs de lots)...

 

Le 20 janvier 1931, dans la salle de M Bosch (actuel­lement la moitié droite du premier étage de la pharmacie), l' ACJB donna une projection populaire intitulée "La terre qui meurt".
 

A la réunion du 22 février 1931, une vingtaine de membres de l'ACJB de Hombourg  s'inscrivirent pour la récollection de Moresnet. A la réunion suivante, le 12 avril 1931, M le vicaire Darcis proposa quelques changements aux statuts au sujet des élections ; ces changements furent admis à l'unanimité. Ensuite, G.Meyers don­na une conférence sur la stigmatisation de Konners­ruth. On procéda ensuite à élection et le président Joseph Denis fut réélu à l'unanimité. Une moitié du comité fut ensuite réélue. M J. Brandt fut remplacé par Joseph Schillings

 

Le 10 avril 1932 a eu lieu la première représentation théâtrale de l’ACJB « dans la nouvelle salle du Cercle », précise le journal Die Fliegende Taube. Ce furent deux sketches suivis d’un drame en 3 actes relatant les débuts du christianisme.

Les archives sont ensuite muettes jusqu'en juillet 1932 mais les activités n'ont pas cessé entre-temps et, à la réunion du 29 juillet 1932, la cinquantaine de jeunes gens présents décide de la participation au congrès régional de la JAC à Herve le 7 août.

M.le curé Wenders -il n'y avait entre-temps plus de vicaire- est président de la section, d'après le rap­port du secrétaire a.i. Joseph WEYCKMAN.

Le congrès de Herve fut un triomphe pour la JAC régionale qui démarrait mais aussi pour la section de Hombourg qui y délégua plus de 60 jeunes gens.

 

A la réunion du 30 octobre 1932, M le curé WENDERS parle avec sa verve habituelle, dit le rapport, des dangers futurs pour la jeunesse de la région, danger résultant notamment de l'indifférence religieuse. Il y voit des remèdes: le bon exemple, la ténacité et le cercle d'étude. On décide ensuite à cette réunion de l'organisation d'une soirée dramatique avec expo­sition et tombola de l'arbre de Noël.
 

Le 27 décembre 1932, la section paroissiale de l'ACJB organise dans son local du cercle (c'était la premiè­re fois depuis l'aménagement de la seconde moitié du rez-de-chaussée en salle avec scène) la soirée dramatique tant attendue ainsi que l'illumination et la tombola de l'arbre de Noël.

Devant une salle comble et sous l'habile régie de M. le curé Wenders, les jeunes présentent "Weinachtsfrieden ", drame en un acte, puis "Eugène, chef de gare" et deux comiques, "Bummler und Polizeidiener" et "Man muss helle sein ". Cette soirée qui fut un grand succès était la seconde organisée par la section. Notons que les archives ne mentionnent pas la soirée théâtrale.
 

La réunion du 19 janvier 1933 présidée par le vice-pré­sident Joseph Weyckman, devenu cheville ouvrière de la section, est consacrée à la préparation de la retraite de Xhovémont et de la récollection de Moresnet.
 

Le 20 janvier, jour de la St Sébastien, sous la pro­tection duquel la section locale de l'ACJB s'était mi­se (il est par ailleurs second patron de la paroisse) ­les jeunes gens assistent nombreux à la grand-messe puis organisent le soir, avec le concours de la JOC de La Calamine dirigée par l'ancien aumônier de l'ACJB locale, le vicaire Darcis, une soirée théâtrale très réussie.
 

A la réunion du 1er mars 1933, M le curé Wenders fait un beau tableau dans lequel il dépeint un lever de soleil et le secrétaire fait le commentaire suivant : "Un tableau splendide mais dont le charme laisse beaucoup de jeunes gens indifférents, soit qu'ils ne connaissent pas les beautés de la nature, soit qu'ils sont aveuglés par le matérialisme des temps pré­sents. La conséquence en est que beaucoup de jeu­nes délaissent la campagne pour chercher un bon­heur illusoire à la ville". Ce thème sera le cheval de bataille de la JAC nationale d'avant-guerre : en­rayer l'exode rural et la "perversion" de la ville.
 

La réunion se termine par l'annonce d'une journée d'étude jaciste de la sous-fédération de la JAC au local de Hombourg.
 

La sous-fédération terme qui fut remplacé ensuite par celui de secteur) groupe les sections jacistes de Hombourg, Montzen, Moresnet, Gemmenich et Sip­penaken, soit l'actuelle entité de Plombières. Seul ce dernier village ne compta jamais de section JAC, compte tenu du caractère essentiellement ouvrier de cette localité. Par contre un village tel que Gemmenich compta à la fois une JAC et une JOC.

 

190 jeunes gens participent le 12 mars 1933 à un ma­gnifique après-midi d'étude au cercle de Hombourg, sous la direction du président de la sous-fédération, M. Adolphe Cravatte, ainsi que de l'aumônier, l'abbé Wenders. Après une partie musicale par la symphonie "Les Echos de la Gueule" de Sippenaeken, M. Lambert Pinckers brosse le tableau de la situation de la JAC dans la région et M.Brasseur de Montzen en expose les buts. La journée se termine par des chants jacis­tes et acjbistes.

Le 23 avril, la section paroissiale de ce que le secré­taire J. Weyckman continue d'appeler l'ACJB, offre son second concert de la saison avec les pièces "Der geprellte Offenwirt", comédie en un acte, "Die fidele Drillingen ", trio comique, "Migodeau à la caserne" et "Die lustigen Musikanten". La soirée se termina par une pièce dramatique : "Bruderliebe" et le tout fut particulièrement applaudi.
 

A la réunion du 7 juin, M. le vicaire Duchalk de Gemmenich est invité et fait un exposé sur ce qu'est la JAC,ses bienfaits au plan religieux, social, professionnel et moral. Il exhorte les jeunes gens de la classe agricole à fonder une JAC. Il parvient à convaincre toute la jeunesse présente à la réu­nion et 18 jeunes gens se firent inscrire séance tenante ; plus tard 5 autres vinrent se joindre à eux. On décide ensuite de suspendre les activités pendant la saison des foins et l'été.

Cependant ces mots sont les derniers que contient le premier cahier de rapport. On peut dire qu'à partir de cette époque la JAC a véritablement été créée à Hombourg et le mot ACJB qui avait coexis­té jusque là disparaîtra peu à peu.
 

Il est difficile de déterminer si ce passage se fit aisément ou si les jeunes non-issus du milieu agri­cole se sentirent à l'aise à la JAC (car ils ne fon­dèrent jamais une JOC). Il est établi qu'une partie d'entre eux en tous cas restèrent dans le mouve­ment malgré ce changement d'appellation.

Il faut souligner ici le talent que mettaient certains à aplanir les sources éventuelles de conflit entre jeunes agriculteurs et ouvriers et A. Dumbruck fut un de ces artisans de paix et d'équilibre. A l'épo­que existait en effet un net clivage social entre les familles agricoles et les autres.

Il convient de faire état ici du libellé de l'invitation au concert du 27 décembre 1934.
 

Christlicher Jünglingsverein

J.A.C.Hombourg J.O.C.
 

L'invitation mentionnée ci-dessus donne aussi le programme de la soirée: "Michel der kühne Luft­schiffer", "Le docteur Bobinoche" l "Die Marienrit­ter"(en 5 actes) et enfin, comme chaque année, la "Christbaumbescherung" (étrennes). L'entrée est de 4 frs et c'est signé "Die Mitglieder des Christli­chen Junglingvereins", cà d « Les membres de l'as­sociation des jeunes gens chrétiens »

C'est la seule mention du terme J.O.C. que l'on peut retrouver dans les archives et cela se produit un an environ après la décision de muer définitivement la section locale d'ACJB en JAC.
 

S'agissait-il d'une dernière tentative pour mettre à l'aise les jeunes du monde ouvrier (nettement mino­ritaire à Hombourg à l'époque)ou le signe d'une dé­cision mal assimilée ?

Toujours est-il que cette initiative n'eut pas de len­demain et que le terme JAC resta ensuite le seul à être utilisé jusqu'au lendemain de la guerre.  (1)
 

La mutation d'ACJB en JAC n'est évidemment que la conséquence de décisions prises au niveau national. La section hombourgeoise de l'ACJB fut créée en 1929 soit l’année même où fut fondée la JAC nationale à l'initiative du 3ème congrès doctrinal de l'ACJB, afin de réaliser l'adaptation organique de la jeunesse catholique aux divers milieux sociaux. Ce n'est évidemment pas un hasard si le véritable essor de l'ACJB au Pays de Herve coïncidait précisément avec sa mutation en JAC, JUC, JEC, JIC et JOC. Cette dernière n'avait jamais supporté la "tutelle" de l’ACJB et fut en fait le moteur de la spécialisation. Les sections locales de l'ACJB qui étaient dénommées officiellement dans chaque localité «  Association paroissiale des jeunes » c. à d. approximativement la dénomination "Christlicher Jünglingsverein", ne se spécialisèrent que progressivement pour appliquer le congrès de 1929. Les vil­lages très ruraux mutèrent ainsi leur APJ en JAC et ce fut ce qui se passa dans la plupart des villages du Pays de Herve. Mais dans certaines paroisses "mixtes", telles que Gemmenich ou Aubel, il fallut organiser les deux. Les autres mouve­ments (JIC.JUC, JEC) n'eurent jamais réellement d'assise dans les paroisses car le nombre de jeunes étudiants et universitaires y était trop réduit, de même que ce­lui des jeunes indépendants. Il y eut toutefois mais après guerre une brève tentative de lancement de la JEC à Hombourg et à Montzen.
 

Par ailleurs la dénomination en allemand du mouvement n'est pas surprenante en soit. Alors que le français a été adopté au plan scolaire à Hombourg après la première guerre mondiale, l'allemand est resté la langue de la chaire entre les deux guerres. C'est véritablement une période de transmutation linguistique qui se traduit à la JAC dès l'entre-deux-guerres par un recours au répertoire théâtral tant allemand que français. Les rapports de réunion sont toutefois rédigés en français. C’est essentiellement le clergé (les abbés Nols et Darcis) qui ont freiné l’usage exclusif du français et du dialecte dès le début à l’ACJB-JAC.
 

Le mouvement connut cependant un certain passage à vide , une sorte de crise de confiance durant les années 1934-1935. C'est sur­tout l'activité théâtrale qui en pâtit. En effet, par suite de l’aménagement d'une des salles locales en 1935 (la salle St Joseph), une dramatique issue de cette société fut aussitôt créée et bientôt l'autre société créa également sa dramatique mais, ne possédant pas de salle encore , elle deman­da à M le Curé Wenders de pouvoir disposer du Cercle. Ce lui fut accordé par M. le Curé mais cet­te décision ne fut pas entérinée par un certain nom­bre de responsables de la JAC par ailleurs membres de l'autre société. Ceux-ci affirment en effet que le curé Wenders avait promis, la veille, que le cer­cle devait rester "neutre" et donc ne pas être don­né en location à une société locale. Ces membres, dont le vice-président-secrétaire (Joseph Weyckman, qui devint dès ce moment la cheville ouvrière de la société St Joseph) démissionnèrent à cette occasion si bien que le mouvement se trou­va en veilleuse de fait. Ils reprochaient en outre à ceux qui avaient reçu le cercle en location pour leur concert de recruter aussi les acteurs de la JAC, si bien que celle-ci se trouvait dans l'incapa­cité d'organiser son concert 1936.
 

Cette crise de la JAC dura jusqu'à la fin de l'apos­tolat de M. le curé Wenders à Hombourg. De l'autre côté (car dans ce genre d'histoires hombourgeoises il y a toujours deux versions pas souvent concor­dantes) on affirme que, suite notamment à cette af­faire de la JAC, des "interventions" énergiques fu­rent entreprises en hauts lieux pour muter le curé Wenders dans une autre paroisse.

C'est effectivement ce qui se produisit en 1937 mais on ne saura évidemment jamais si c'est suite à des "interventions" locales ou non.

Toujours est-il que durant sa dernière année à Hom­bourg, le curé Wenders  ne trouva pas de président mais les problè­mes locaux n'empêchèrent pas les jeunes agriculteurs hombourgeois de participer au grand congrès JAC du 23 août 1936.

 

 

Chapitre 2 - 1935-36  Création de la JACF a Hombourg


Si, à  la fin de son apostolat à Hombourg le curé Wenders  eut à gérer les conséquences d’une autorisation d’utiliser le cercle qui, dans le contexte hombourgeois prit l'ampleur  que l'on devi­ne, il restera pourtant dans les mémoires pour une toute autre raison. C'est en effet à lui qu'on doit la création en 1935-36 de la JACF ou Jeunesse Agricole Catho­lique Féminine.

Sous son impulsion, Marie DENIS, soeur du premier président côté masculin, fonda la JACF mais elle n'accepta pas d'être désignée comme présidente car elle n'habitait plus Hombourg (la famille Denis qui avait habité à la Hees avait entre-temps émigré vers Montzen) et elle crai­gnait que la création du comité ne fasse l'objet de dissensions entre "Joupes" et "Brices".

Elle se contenta dès lors d'un rôle d'animation de la section qu'elle exerça jusque 1938. Les autres militantes de la JACF étaient Rosa DENIS, Julie FLAS, secrétaire dévouée et active malgré son han­dicap, Anne HABETS, Elise et Tony DBSWYSEN, Ma­rie et Joséphine VAN WERSCH, Léonardine DODEMONT (qui devint secrétaire après 1937) et Françoise ou Francisca LENERTZ qui devint également, à cette époque, la seconde responsable et présidente.
 

La JACF organisait des réunions régulières, lesquelles  étaient l'occasion de suivre le bulletin du national. Par ailleurs, en été" avait lieu, notamment à Hombourg la journée d'étude; on animait en outre la grand-messe et, l'après-midi, avaient lieu, au cercle, des con­férences parfois destinées aux parents des jacistes.
 

L'aumônier régional, l'abbé Van Erck, ancien vicaire d'Aubel prenait les choses en main. Il pouvait comp­ter à Hombourg sur une quinzaine de militantes très actives ainsi que sur le soutien de M. Le curé Wen­ders. Par contre, son successeur, M le curé CRATZBORN, ne portait pas la JACF haut dans son coeur et sem­blait plutôt la considérer comme un rassemblement de "Kakelewiever". Celles-ci se taisaient dès qu'il appa­raissait.
 

 

Chapitre 3 - L'avant-Guerre de la JAC
 

Lors du départ de M. le Curé Wenders qui avait été amené à présider lui-même aux destinées de la JAC, ce fut Albert AUSTEN qui prit la relève en 1937.
 

En 1938 -et les archives de M. V.Delhez en attes­tent- le mouvement connaît de nouveau une évidente vitalité. Il apparaît que vers le mois de novembre 1938, c'est Victor DELHEZ qui est devenu président. De son carnet on peut tirer par exemple les thèmes de dis­cussion à la réunion du secteur (ex sous-fédération) à Sippenaeken le 24 novembre 1938: on y prépare la fête de Noël, les chaînes de messes, l'heure d'adoration à minuit, les cotisations 1939, la journée d'étude à Charleroi à la fin décembre, le concert annuel en secteur. En fait, malgré le "P.P.R"(pied de paix renforcé) en 1938 et la mobilisation en 1939, lesquels ont nécessité le remplacement d'A. Austen(mobilisé), ces années ont permis à la JAC de déployer une activité fournie dont le point culminant fut assuré­ment le 20 novembre 1938.
 

A cette date en effet, en présence de Monseigneur Kerkhofs, évêque de Liège, une magnifique récep­tion est offerte à l'occasion de la consécration de la nouvelle table du Maître-autel. A cette occasion fut inauguré, près du mur du cimetière, un calvaire monumental dont la croix et les statues de la Ste Vierge et de St Jean ornaient auparavant l'arcade qui sépare le choeur de l'église . Ce calvaire est inauguré en l'honneur des 25 ans de l' ACJB en Belgique et des 10 ans tout proches de l'ACJB-JAC locale. Ce fut un vrai succès de foule.

La fête du Christ-Roi était aussi particulièrement en honneur à la JAC/JACF et la JACF y vendait à la sortie de la messe de petites fleurs pour alimenter sa caisse.

La fête de St Joseph artisan (19 mars) était à cette époque l'occasion de venir à la messe avec les outils symboliques.

La fête de St Joseph artisan à la JAC, avec les outils symboliques, vers 1938. De g.à d devant : Hubert Weickman, Alphonse Charlier, Marcel Deswysen, Albert Austen, Pierre Bertrang, Victor Delhez. Au 2ème rang, de g.à d. Louis Delhez, ?, Joseph Ortmans, au 3ème rang de g.à d :?, Joseph Laschet, Léon Locht (avec le disque), Joseph Sartenaer, Pierre Austen. Au dernier rang : Hubert Thissen, Hubert Schaus, ?, Léon Otten (rateau), Albert Locht.

 

 

Le 17 février 1939 eut lieu l'amicale de la JAC. C'est la première mention de cette tradition typique de la JAC et plus tard de la JRC mais, de toute évidence, ce n'était pas la première.
 

L'activité théâtrale avait repris également; elle n'était pas exempte d'anecdotes bien de Hombourg. Ainsi, lors d'un concert en 1937 ou 1938, dans une pièce en patois de L. Teller, un acteur au cœur mani­festement porté pour la couleur verte, remplaça une réplique par "Dou schèle Joup »! Le président Albert Austen lui signifia vertement qu'à la seconde re­présentation, il ne réitère plus pareil coup et s'en tienne au texte. Néanmoins, 8 jours plus tard, il récidiva et Albert Austen fit fermer le rideau…
 

Les thèmes de réunions étaient inspirés des revues jacistes. Alors que celle du 2 décembre 1938 avait été consacrée à l'attitude trop peu respectueuse à l'égard des prêtres, la réunion générale du 10 fé­vrier 1939 eut pour thème l'assistance à la messe. On signale à cette occasion que les jeunes-gens de Hombourg assistent encore à la messe mais qu'ils occupent le fond de l'église. Le maintien est en gé­néral bon mais le missel rare. Les jacistes restent jusqu'à la fin de la messe tandis que les autres s' en vont "a ge krutzke".(à la bénédiction finale). Par ailleurs l'enquête lan­cée révèle que les jeunes gens ne vont communier qu'une seule fois par mois.
 

A la réunion du 27 février 1938, il est question de la préparation du Xème anniversaire de la section locale et on entrevoit l'organisation d'une veillée puis on aborde la campagne pascale.

A la réunion de secteur du 27 avril 1939 à Sippe­naeken (toutes les réunions de secteur y avaient systématiquement lieu) il est question d'une récol­lection pour les dirigeants et l'on décide de parti­ciper au cortège jubilaire à Sippenaeken le 21 mai (10 ans de la JAC locale).

 

A la même date mais l'avant-midi, après la messe, le thème de la réunion locale à Hombourg a trait au sujet controversé des bals et de leur influence. On y voit comme inconvénient qu'ils ne respectent pas la sainteté du dimanche et sont la cause du manque de courage le lundi au travail.. .

La réunion de secteur du 26 mai à Herbesthal dé­bouche sur le constat qu'une partie récréative est nécessaire aux assemblées jacistes mais pas de trop !

A la lecture du cahier de rapport on constate que tant la section locale que le secteur se réunissent systématiquement une fois par mois. Une fois par mois également les jacistes communient en groupe et participent ensuite parfois à une balade.
 

Les revues jacistes foisonnaient et étaient fournies en renseignements les plus divers. Il faut savoir que la JAC nationale avait un service bien organisé qui éditait notamment depuis Bruxelles des revues et périodiques destinés aux jeunes ruraux de nos villages. Ainsi la collection "Vie rurale" dont le N°1 était consacré au"dimanche à la campagne", la col­lection S. E. R. (services éducatifs ruraux) dont on peut voir par exemple dans le N°2 toute une série consacrée aux jeunes artisans ruraux, au contrat d'apprentissage.
 

La façon de rédiger ces brochures prêterait parfois à sourire si on ne la replaçait pas dans le contexte de l'époque. La phrase qui suit et qui est tirée du mot d'introduction du N° 2 de la collection S.E.R. aurait assurément fait bondir l'équipe nationale de 1972 car on y lit en effet: "Et nous en profitons pour vous dire qu'il (le livre) est dû, comme celui de la bro­chure N° 1 au dévouement de jeunes châtelains ru­raux qui pensent à vos problèmes et qui sont à vo­tre disposition pour des renseignements complémen­taires. " Ce n'était évidemment pas uniquement de la "sponsorisation" comme on dirait de nos jours  mais cela avait assurément aussi certains relents de type as­sez "aristo-paternaliste".
 

La revue "Jaciste" avait pour but d'indiquer, sur­tout à l'intention des sections naissantes comment démarrer et durer.

Dans le N ° 4 de la collection S. E. R. consacré à l'orientation professionnelle rurale, on constate que la JAC se préoccupe très nettement du sort des ru­raux qui ne sauraient pas tous rester dans l'agri­culture et elle va jusqu ' à susciter des cours de for­mation professionnelle. Le but reste évidemment d' empêcher ces jeunes de fuir à la ville qui est con­sidérée comme un lieu de perdition pour les âmes.

D'autres revues méritent d'être citées car elles ont circulé dans les mains de nos anciens jacistes: "Pour la famille rurale", "pour les jeunes agriculteurs", ou encore "Jeux de chez nous". ..Bref une véritable imprimerie rien que pour la JAC. Cela témoignait de la vitalité et de la puissance acquise en une dé­cennie par ce mouvement qui quadrillait désormais l'ensemble de la Wallonie rurale. Cela continua d' ailleurs au lendemain de la guerre et jusque dans les années 1960.

Grâce à sa motivation et sa profonde structura­tion le mouvement compta ainsi plusieurs dizaines de milliers de membres en Wallonie.

 

Le 29 février 1940, le secteur se réunit à Hombourg et le 7 avril a lieu une journée d'étude à Moresnet, avec la participation de 5 jacistes de Hombourg. Ce sont A Denis et R. Hardy qui président la journée et le secteur. Le thème à étudier concerne la lecture et l'on constate que les jeunes lisent peu en dehors des journaux, parmi lesquels les "neutres" (« Le Soir » et surtout « La Meuse ») ont encore assez de place au­près du monde agricole.. .
 

G. Jennes, militant jaciste originaire de Moresnet impanté ensuite à Charneux, fait alors un rapport sur la foi et la prière. On aborde aussi la question de savoir comment attirer les jeunes au mouvement et on estime qu'il faut le faire en leur procurant un loisir agréable (mais pas trop.. .) au début, en leur proposant cela dès 14 ans car à 18 ans, ils ne viennent plus. M. L'abbé Wenders, qui est l'aumônier du secteur, fait ensuite le rap­port général et l'abbé Nolens, aumônier régional et figure marquante de la JAC invite enfin tout le monde au mariage de Léopold Moïse, président na­tional qui habite Thimister, une autre figure marquante de la JAC de l’époque.
 

Ainsi qu'on peut le constater, pas la moindre allusion n'est décelée dans tout ceci au sujet de ce qui va se passer.
 

Le carnet de bord de Victor Delhez mentionne en­core le 9 avril 1940 une réunion des responsables locaux ( 7 participants) au presbytère puis…plus rien... des pages blanches dans le cahier...
 

C'est la guerre.
 

A ce propos, il convient de mentionner ici l'action du responsable local Victor Delhez qui, inlassable­ment, au cours de la période qui a précédé (la mo­bilisation) a maintenu le contact avec les rappelés et conscrits de la paroisse en leur écrivant constamment.
 

Il a entrepris là une oeuvre fortement appréciée et qui inspirera d'ailleurs après la guerre d'autres mili­tants jacistes dont les fils du précédent président, Albert Austen. En effet, Hubert et Joseph Austen se sont consacrés durant de nombreuses années à la correspondance avec les jacistes et plus tard les Jrcistes miliciens et ces derniers appréciaient particulièrement cette attention tout comme, depuis 1973, ceux qui reçurent le journal local "Jeunes Ruraux" à la caserne. La tradition est ensuite tombée car rares furent ensuite  les miliciens qui ne rentraient pas chez eux chaque semaine. Depuis 1993 , il n’y a même plus de milicien.
 

Toute cette action lancée lors de la mobilisation en 1939 a formé un magnifique trait d'union par delà les distances et qui rapprochait les jeunes gens de leur village.

Avec l'invasion allemande se termina, forcément, la première période de la JAC de Hombourg car les activités furent évidemment complètement arrêtées durant les hostilités. En effet plusieurs jeunes de Hombourg avaient fui le travail obligatoire ou, refu­sant de servir l'ennemi, étaient réfractaires à la Wehrmacht. Quant à ceux qui étaient trop jeunes pour être visés par le sort ennemi et les aléas de l'annexion de Hombourg au 3ème Reich, ils passaient leurs dimanches à jouer football dans les différents ha­meaux qui possédaient chacun leur club occasion­nel. Même cette activité fut prohibée.
 

Pour mémoire, on trouvera ici la liste des jeunes gens inscrits en 1939 à la JAC et ayant payé leur cotisation: Albert et Pierre AUSTEN, Pierre BERTRANG, Hubert BECKERS, Hubert et Arthur BORN, Alphonse CHARLIER, Victor et Louis DELHEZ, Al­bert, Hubert et Léon LOCHT, Pierre, Nicolas et Jo­seph LASCHET, Joseph LOUSBERG, Gustave MAGERMANS, Joseph ORTMANS, Hubert SCHAUS, Jo­seph SCHILLINGS, Hubert THISSEN, Joseph THIS­SEN, Hubert WEYCKMAN, Raphaël HAGELSTEIN, Jo­seph CORMAN, Joseph HAMERS, Léopold et Edouard DEJALLE. Henri PUTTERS, Marcel DUYCKAERTS, Julien DESSOUROUX, Joseph SARTENAER, Jean DUYCKAERTS , Albert BECKERS.
 

Cette liste déjà largement décimée 50 ans plus tard et encore plus après 75 ans donne de la JAC locale de l’époque  une image assez complète.
 

Une anecdote : "JE NE VOUS CONNAIS PAS, MONSIEUR"
 

Il convient ici de rappeler quelques faits qui ont marqué la décennie précédant la guerre.
 

L'ACJB et ses mouvements satellites dont la JAC connurent au début des années 30 des militants on ne peut plus zélés. Léon Degrelle de Bouillon était de ceux-là. Propagandiste infatigable, il parcou­rut tout le pays wallon et avait assurément le talent qu'il faut pour galvaniser les masses. Beaucoup le considéraient comme une idole.
 

A Hombourg, il n'était nullement un inconnu. Dans les campagnes de propagande ACJBistes du début qu'il effectuait comme Albert Parisis, il débarquait à la gare de Hindel et passait la nuit chez Aloys Dumbruck avant de parcourir avec lui ou A. Cravatte la région des Cantons de l'Est.
 

Puis vint Rex. Le succès était monté à la tête de Léon Degrelle et bientôt ses attaches avec l' ACJB disparurent de même que ses contacts dans nos contrées. Néanmoins le parti rexiste et le parti qu'il in­carnait connut chez nous comme ailleurs un réel succès. Beaucoup de militants de la JAC éprou­vaient quelques difficultés à se rendre compte qu'il ne s'agissait plus du propagandiste ACJB du dé­but des années 30. Le "coup de crosse" lui fit per­dre certes une grande partie de son audience au sein de la JAC mais beaucoup n'ouvrirent effective­ment les yeux que lorsqu'il rallia le national-socia­lisme et,  lorsque la guerre venue, il se hissa quel­que peu dans la hiérarchie politique nazie.

 

Il faut ici raconter une anecdote bien anodine sans doute mais significative. Un jour, au début de la guerre,vers 1941, Léon Degrelle était de passage dans notre région, à Henri-Chapelle plus précisément. Comme Aloys Dumbruck se trouvait justement là aussi , il se dirigea vers la voiture mais n'eut pas le temps de s'en approcher car la police personnelle de Degrelle l'avait déjà saisi. Aloys Dumbruck dit alors à son ancien compagnon de randonnée : " Alors Léon, tu ne me reconnais pas?". Pour toute réponse , il eut droit à un " Non, je ne vous connais pas, monsieur". Il n’y avait pourtant pas 10 ans depuis l'ACJB. ..

 

Pendant cette dure période de la guerre où les jeunes gens (réfractaire à l’enrôlement dans la Wehrmacht,) se cachaient pour la plupart à l'intérieur du pays, les jacistes qui restaient s'adonnaient au football de hameau et assistaient aux vêpres. 

 

Chapitre 4 - de 1945 à 1964 : Nouvel essor de la J.A.C à la J.R.C

 

Après la libération de Hombourg, le 12 septembre 1944, la JAC ne reprit pas immédiatement ses acti­vités.

Le secteur se réunit, selon les archives, pour la première fois le 5 décembre 1944 à Henri-Chapelle. On y prépara une récollection à Pannesheydt et on décida que la messe serait en francais, le sermon dans les deux langues et le cercle d'étude en patois. Au cours de la réunion suivante, le 1er février, à Henri-Chapelle, on se préoccupa de la section de Hombourg qui n'a toujours pas repris ses activités. Il est dès lors convenu qu'un petit groupe de Hom­bourg assisterait aux réunions du secteur. La JAC du secteur participa aussi aux secours en faveur des sinistrés des Ardennes.

 

Enfin, le 16 avril 1945, la réunion de relance de la JAC de Hombourg eut lieu. Remy Hardy, responsa­ble de secteur, y expliqua que la JAC n'est rien de nouveau mais qu'elle a encore bien sa place par sa formation spirituelle et pratique.

 

La seconde réunion eut lieu le 24 avril avec notam­ment la distribution des postes de responsabilité. Victor Delhez continuait à faire partie de l'équipe et notamment du secteur mais, sur le plan local, c'est Jean PIRNAY qui devient président(1946-1949) chez les garçons, tandis que, parallèlement, chez les filles, c'est Marie-Julienne HAGELSTEIN qui re­met la JACF en route et la préside jusqu'en 1950. Elle fut d'ailleurs une responsable particulièrement dynamique.


La JACF à l’époque de Marie-Julienne Hagelstein (vers 1949)

 

 

 

La JACF à l’époque de Marie-Julienne Hagelstein (vers 1949)

De g à d devant : Tony Austen, Marie Wyzen, Louise Ernst, Paula Deckers, Marie-Julienne Hagelstein.  Au second rang de g à d : Alice Lousberg,  Mlle Géron, Elly Schobben, Lily Pelsser, Maria Ernst, ; au 3ème rang , de g à d Josephine Hagen, Alice Pelsser, Madeleine Dodémont, à droite Claire Dejalle, Léa Dodémont. Au 4ème rang : Maria Thissen, ? , ?, Marie-Rose Schnackers, ?  Au 5ème rang, de g à d. Louise Schobben, Elise Habets, Gerardine Deckers, Philomène Meeuwissen, Maria Dodémont, ?

 

Malgré un certain absentéisme au début, toutes les activités jacistes se mirent à refleurir dans la loca­lité, tant au plan religieux où un régime très strict, très draconien était exigé des militants, qu'au ni­veau "profane" et technique.

 

Ainsi les militants s'astreignaient-t-ils à des chaînes de salut, confessions très régulières, et, par ail­leurs, ils se mirent à restaurer le cercle qui avait servi à la fin de la guerre de dépôt des mobiliers séquestrés. On réalisa des décors, on replâtra des mètres carrés jusque 2 h au matin. La salle du rez-de chaussée fut restaurée et repeinte. On y décora les murs avec les emblèmes de la JAC et de la JACF (épis d'or enlaçant une croix surmontée du sigle du mouvement). Le théâtre fut, après les activités religieuses, celle qui fut remise sur pied et en 1947, la pièce "Jeunes d'aujourd'hui" du Père Kerris fut un triomphe.

 

Un dimanche par mois, les Jacistes assistaient en groupe à la messe de 8 h et au salut. Les garçons portaient une chemise blanche, une cravate verte, un écusson sur la chemise. Tel était l'uniforme de la JAC après la guerre. Les jeunes-filles étaient habillées d'une chemise beige, d'une cravate et d' une jupe brune ainsi que d'un béret. Les "Cadettes': dont il sera question plus loin, avaient pour leur part des fichus verts avec l'écusson à l'arrière.

 

Au plan lecture, une nouveauté apparaît à la JAC nationale: la brochure "Jeunesse Rurale" qui est en fait le premier pas vers le nouveau nom du mouve­ment.

 

Aux réunions de l'immédiate après-guerre, l'avalan­che de bals à la fin des hostilités fut un thème souvent débattu à la JAC/JACF. Les militants re­cevaient en réunion des consignes précises sur l' attitude à avoir au bal et après celui-ci (par exemple ne pas raccompagner seul une jeune fille et ne pas faire dans l'obscurité ce qu'on n'oserait faire en pleine clarté.. .bref, tout un programme destiné à enrayer un certain relâchement des moeurs à la libé­ration et durant les mois qui suivirent.

 

Dès 1947 Annette PIRNAY lança aussi une section des "Cadettes" qui étaient en fait les jeunes-filles depuis 12 ans.

Pour certaines saynètes lors des concerts de la JACF, appel était fait également aux "Croisées », soit les fillettes des classes terminales de l'école primai­re. De la sorte, la JAC-F assurait un encadrement pratiquement complet de la jeunesse locale.
 

Pièce de la JRC vers 1948 . Ce sont toujours des pièces non mixtes.            

 

De g à d assis : Joseph Pelsser, Joseph Dejalle, Léon Otten, ?, debout : de g à d ?, Marcel Nadenoen, Herman Nadenoen.
 

Par contre, à la JAC masculine, ainsi qu'on le verra plus loin, seule une éphémère section de "Cadets" vit le jour et jamais une section de croisés.
 

Tant à la JAC qu'à la JACF, la réunion mensuelle (en semaine car les jeunes étaient surtout aidants ­agricoles) était fidèlement suivie par une vingtaine de jacistes chez les garçons tandis qu'un nombre plus important encore de militantes suivait les réu­nions de la JACF.

On y recevait les directives du national et de la fédération d'arrondissement. Deux responsables se rendaient au secteur où étaient également données des directives.

Les journées d'étude, retraites et récollections ne manquaient pas non plus, notamment à Ruyff, Tiège (paroisse de l'Abbé Nolens, aumônier régional et national) ainsi qu'à Francorchamps.
 

A la fête du Christ-Roi, fête de la JAC, on remet­tait les insignes aux vêpres; les jeunes filles assis­taient par ailleurs aux messes dialoguées en fran­çais. Enfin une amicale annuelle rassemblait en un après-midi un plus grand nombre de jeunes pour un programme récréatif. Bien entendu, l'amicale n'était pas encore mixte à cette époque.

Une fois fut lancé, à l'occasion de la St Sylvestre de 1949 un souper de nouvel-an qui se clôturait par un salut à minuit. Il s'en suivit un certain nombre de critiques car l'initiative avait été prise sans Monsieur le Curé.

La JACF suivie de la JAC lors d’un cortège vers 1950, à hauteur de l’an­cienne étable disparue au centre du village en 1966.

Ce cortège ne peut être une procession car elle ne marche jamais dans ce sens à cet endroit.

Rassemblement JACF régional années 50
Dans l’ordre : Marie-Rose Schnackers, Josephine Hagen, Elise Géron, Juliette Herwats, Pauline Dejalle, Léa Hagelstein, Alice Schobben, Madeleine Dodémont…

Excursion de la JAC à Anvers vers 1950 en présence du Père Schobben et de l’Abbé C. Locht.


On reconnaît, accroupis : de g. à d : Marcel Nadenoen, ?, François Hagelstein, ?, Robert Dodémont (avec l’accordéon), ?, ?, : Debout : de g à d. Alphonse Charlier, ?, ?, RP Joseph Schobben, ?, ?, ?, Joseph Nadenoen, Abbé Camille Locht, ?, Joseph Pelsser, ?, ?, ?, ?, ?, Quirin Deswysen, ?, ?, ?.

 

L'abbé Camille Locht jouait pour sa part un rôle d'aumônier quelque peu délaissé par M. le Curé Cratz­born. Plus tard, vers 1949, l'abbé C.Locht tenta aussi, mais sans lendemain, le lancement d'une JEC à Hombourg afin d'intéresser les jeunes de plus en plus nombreux qui commençaient à être absents du village durant la semaine pour raison d'études. L'initiative n'eut pas de lendemain mais la JEC fit malgré tout quelques feux de camp.

A la JAC nationale, la "thèse rurale"de Mgr Delvaux et de G. Hoyois faisant prévaloir le milieu local sur le milieu de travail. L’objectif était  que les jeunes non issus du milieu agricole ne se sentent pas moins à l'aise que les jeunes agri­culteurs à la JAC. C'est pour cela principalement que l'idée d'une JEC à Hombourg ne prit finalement pas racine.

Mais alors qu'au National, dès le début des années 1950, le terme "Jeunesse Rurale" commençait déjà à apparaître dans le mouvement, à Hombourg il n'était encore question que de JAC.

Les concerts des années 1947 à 1950 furent parti­culièrement réussis et la JAC, comme la JACF  se portaient d'ailleurs très bien à cette époque. Cet "âge d'or" continua d'ailleurs durant les années 1950 grâce surtout au nombre de jeunes que comp­tait la paroisse à cette époque.

En 1949, Annette Pirnay passe le flambeau des Ca­dettes à Louise SCHOBBEN. Au niveau du secteur, le secteur "Cadettes" était indépendant du secteur "aînés" et cela se prolongea d'ailleurs ainsi durant les années 1960 également.

 

 

Mariage de la présidente des cadettes Annette Pirnay, en 1949.

Les drapelets triangulaires de la JACF sont souvent visibles sur les photos de mariages de jacistes de l’époque. 

 

Pèlerinage  de la JACF vers 1950 à Lourdes

De g. à d accroupies : Elise Géron, Louise Schobben, Claire Dejalle, ?, Billa Schnackers, ; debout : de g à d Marie-Julienne Hagelstein, Alice Pelsser, Pauline Dejalle, Mlle Géron(en haut), Elise Habets, Martha Dodémont, Louise Ernst, Annette Pirnay (en haut) , Marie Rose Schnackers.

 

Lorsqu'en 1947 les cloches furent ramenées d'Alle­magne en grande pompe, la J A C participa active­ment aux festivités et prit même leur organisation en charge . C’était en fait un moyen  commode à Hombourg pour éviter les susceptibilités et les rivalités entre les deux sociétés locales des « Joupes » et des « Brices » . En donnant à la JAC la charge d’organiser des fêtes paroissiales, le délicat équilibre local était garanti car la JAC et la JACF comptaient autant de jeunes « Joupes » que de jeunes « Brices » dans leurs rangs . En outre, ces deux mouvements de jeunes étaient bien fournis et disposaient donc des ressources humaines nécessaires pour l’organisation des festivités.

 

 

Le discours de Jean Pirnay, président de la JAC lors du retour des cloches en 1947

Après Jean Pirnay, ce fut Marcel NADENOEN qui devint président de la JAC qu'il dirigea de 1949 à 1953 tandis que Quirin DESWYSEN était le secrétai­re et tenta par ailleurs de constituer une section de " Cadets" ; mais elle n'eut guère de lendemain et ce vide du côté garçons entraîna à la longue un évident manque d'encadrement, qui ne se ressentit véritablement que durant les années 1960;  c'est d'ailleurs ce qui provoqua, après quelques tenta­tives épisodiques, la création d'un patro.
 

Si, en effet, rien ne se passa durant les années 1950 après l'échec de la section des Cadets, un responsable du Patro de Plombières, Théo Vander­meulen organisa au début des années 60 plusieurs séances de Patro à Hombourg puis fut suivi à quel­ques années d'intervalle par quelques jeunes de Hombourg (vers 1964) et l'un d'entre eux devint par ailleurs plus tard président de la JRC (Reynold Bongartz). Ce n'est toutefois qu'en 1967 que dé­marra effectivement le Patro à Hombourg.
 

Coté filles par contre, la section des Cadettes de la JAC-JRC fut des plus actives de 1947 à 1968 sans discontinuer. C'est ce qui explique que le patro féminin ne démarra qu'en 1969-70.
 

A la JACF- section aînée, l'année 1950 apporta un changement à la tête du mouvement. Marie-Julienne Hagelstein cède le relais à Madeleine DODEMONT et c'est une "première" car c'était la première fois qu' une présidence n'était pas exercée par un(e) jeune issu(e) du milieu agricole. C'était par contre tout droit dans la ligne de ce préconisait le National qui dé­ployait des efforts considérables pour faire triom­pher la thèse rurale au détriment de la thèse pro­fessionnelle agricole. Sa revue "Jeunesse Rurale" en était largement imprégnée jusqu'à son titre.

A Hombourg, dans la pratique, l'intégration d'une part significative des jeunes non-issus du milieu agricole ne soulevait d'ailleurs guère de problème malgré le nom JAC-JACF que continuait à porter le mouvement. Lorsque le National opéra progressi­vement la transformation du nom JAC en JRC du­rant les années 1950 la JAC de Hombourg mit pratiquement 10 ans à suivre cette voie nouvelle et il faut bien avouer que les traditions sont parfois te­naces. Ainsi, il arrive encore volontiers de nos jours que des personnes plus âgées désignent en patois la JRC par l'expression "dat ess de JAC".

 

Les concerts de la JAC et de la JACF (concerts sé­parés bien entendu), remportaient beaucoup de suc­cès et Q. Deswysen faisait preuve d'un talent évi­dent pour les organiser. Il faut préciser ici qu'à ce moment l'activité théâtrale était débordante à Hombourg puisque , de 1936 à 1940 et de 1945 à 1954 on ne  comptait pas moins de quatre dramatiques: deux troupes mixtes; "les Amis Réunis" et "Les Amateurs Réunis", étaient  l'émanation des deux sociétés locales tandis que les dramatiques de la JAC et de la JACF, troupes non-mixtes évidem­ment, étaient l'occasion pour les jeunes talents (vite repérés par les régisseurs des sociétés mixtes) de "se faire les planches" à la JAC ou à la JACF pour ensuite "monter" dans la dramatique de la société correspondant à la couleur locale de leur famille. SI à la JAC ou à la JACF tous étaient "mélangés" sans le moindre problème, certains jouaient voire régis­saient en même temps dans une des troupes mixtes.
 

Lorsqu'au milieu des années 1950 les dramatiques mixtes, qui avaient réalisé de véritables chefs-d' oeuvre (des opérettes) disparurent, les dramatiques tant de la JAC que de la JACF subsistèrent mais ne furent pas immédiatement tentées de réaliser des pièces mixtes car ce n'était guère pensable encore à la JAC et il s'agissait en fait avant toute chose de retrouver la cohésion entre acteurs(trices).

A la JACF, il fallut en effet, vers 1954, abandonner momentanément le théâtre car on ne par­venait pas à s'accorder sur les beaux rôles…

 

La JAC et la JACF lors des prémisses sacerdotales de l'abbé A. Van Melsen, en 1954 (devant la BHA)

De g.à d. accroupies : Lily Muylkens, Joséphine Hausman, Lydie Hanen, Marie-Thérèse Hausman, Georgette Muylkens, Claire Hausman, Marguerite Ernst, Jeanne Locht, Marie-Louise Charlier, Marie-Louise Lousberg, ?; Debout : Thérèse Lousberg, ?, Mariette  Baltus, Huberte Ernst, Millène Locht ,Louise Schobben, Rosita Charlier, ?, Lily Muylkens, ?, ?, Neta Hagen, Léa Hagelstein, ?, Anna Schutz, ?, ?, Parmi les membres de la JAC , on ne reconnaît que l’Abbé Van Melsen .

 

 A suivre.... en préparation